1928-61 The Coffee Pot restaurant between Austin and Scottsberg, Indiana. From Historic Southern Indiana.
what if i just lost it. what if i just lost my shit the entirety of it
Watermelon stall at the Bessarabskyi Market in Kyiv, 1992
Asked and answered
we'll jump off that bridge when we get to it
everyone shut up and look at this
Consommation ostentatoire
à Aurélien Bellanger
Je sortais, elle me tint la porte. Elle m’offrait encore ce regard intriguant qu’elle m’avait servi plusieurs fois accompagné de quelques blagues chaleureuses. Elle descendait déjà les escaliers. J’allais la poursuivre pour lui parler et essayer de me rapprocher d’elle. Puis je me suis retenu. Je songeais qu’elle n’était pas la clientèle. Je ne voulais pas qu’il y ait erreur sur la marchandise.
Je suis un article destiné à une clientèle spécifique. Une sorte de bien de consommation ostentatoire. J’offrais quelques avantages bien vite dévorés par tous les coûts que j’imposais. Je ne peux intéresser durablement que des consommatrices avisées, ayant déjà sécurisé leur confort et obtenu un statut, une place de choix dans la société des loisirs.
En 1899, Thorstein Veblen, le brillant sociologue norvégiano-américain, théorisait la consommation ostentatoire dans son essai sur la société des loisirs. La consommation ostentatoire est une pratique sociale développée dans une classe spécifique de la société débarrassée des inconvénients du besoin et peut se libérer de la nécessité. Pour exprimer sa domination sociale et affirmer son rang, cette classe supérieure recourt à une consommation ostentatoire, qui présente des coûts importants et une utilité pratique très faible, comme une voiture sportive ou une montre à quartz. Ces biens n’ont donc pas une fonction économique d’utilité vulgaire, mais une fonction sociale de distinction : les consommateurs ostentatoires veulent signifier qu’ils sont assez riches et puissants pour pouvoir se permettre une telle consommation malgré ses désagréments et sa faible contribution à la survie voire la charge qu’elle fait peser sur le sujet.
Je suis une sorte de consommation ostentatoire. Un article de luxe pour bourgeoise chevronnée, qui veut s’offrir un petit intellectuel névrosé qu’elle peut balader en ville, montrer à ses ami-es et ses parents, profiter de sa conversation et de ses antics. Bien sûr, il s’agit d’un produit extravagant, dysfonctionnel, marchant une fois sur deux, pétant des plombs, n’ayant que très peu de compétences techniques intéressantes, et résolument pauvre ou en tout cas à faible capital économique. Un peu de capital social certes, des compétences rhétoriques amusantes, en gros un bouffon sympathique et chatoyant. Mais un tel spectacle n’est supportable qu’à condition d’une assise sociale solide permettant de subir les a-coups d’une catastrophe sur patte.
Je m’arrêtais donc au seuil de cette histoire. Je prenais mon vélo et nous découpâmes chacun notre part d'horizon.
Hi i have no interests no hobbies no talents no dreams no goals no personality no soul no heart


